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Découverte nocturne : pourquoi la chauve-souris porte ce nom

« Chauve-souris » veut bien dire « souris chauve », mais ce surnom médiéval ne décrit ni un rongeur ni un animal sans poils. Son origine, son vol, son rôle au jardin et les gestes sûrs en cas de rencontre remplacent les idées reçues par de bons réflexes.

Petite chauve-souris sortant d’une fente sous une toiture au crépuscule
Petite chauve-souris sortant d’une fente sous une toiture au crépuscule

Un nom médiéval qui signifie bien « souris chauve »

Le mot chauve-souris est un composé très ancien : il associe « chauve » et « souris ». L’expression est attestée en français dès le Moyen Âge. « Chauve » prolonge le latin calvus, tandis que « souris » vient d’un mot latin désignant un petit mammifère. Le sens littéral est donc bien « souris chauve ».

Ce nom ne repose toutefois pas sur une observation scientifique. Les classifications modernes n’existaient pas lorsque les mots du quotidien se sont formés. Devant un petit animal brun, doté d’un museau court, de grandes oreilles et d’ailes sans plumes, les locuteurs ont fait un rapprochement visuel avec la souris.

Le mot « chauve » ne veut pas dire qu’elle n’a pas de poils

Une chauve-souris possède une fourrure fine, le plus souvent brune, rousse, grise ou noire selon l’espèce. Ce qui paraît nu, ce sont surtout ses oreilles, son museau et ses ailes : une membrane souple tendue entre des doigts très allongés, les pattes et le corps. Cette apparence de peau nue explique vraisemblablement le qualificatif « chauve ».

Il serait excessif de prétendre connaître l’intention exacte des personnes qui ont créé ce nom : aucun texte médiéval ne la détaille. En revanche, sa construction et son sens sont clairs. C’est une étiquette populaire fondée sur l’allure de l’animal, pas une description anatomique rigoureuse.

Ni souris ni oiseau : un mammifère conçu pour voler

La chauve-souris n’est pas une souris ailée. Elle appartient à l’ordre des chiroptères, du grec cheir (« main ») et pteron (« aile »). Son aile est une main transformée : quatre doigts démesurément allongés soutiennent la membrane, tandis que le pouce reste libre et porte souvent une petite griffe.

C’est le seul mammifère capable de vol actif et soutenu. Les écureuils volants, par exemple, planent d’un arbre à l’autre, mais ne battent pas des ailes. Comme tous les mammifères, les chauves-souris ont des poils, allaitent leurs petits et maintiennent leur température corporelle, avec des adaptations très poussées pour économiser leur énergie.

Quelques repères utiles en France

36 espèces

recensées en France métropolitaine

4 à 8 g

poids courant d’une pipistrelle commune

20 à 120 kHz

ordre de grandeur de nombreux cris d’écholocation

3 à 5 m

hauteur conseillée pour un gîte extérieur

La pipistrelle commune, souvent observée près des habitations, pèse à peine le poids d’une pièce de monnaie et peut tenir dans une main fermée. À l’inverse, certaines espèces françaises, comme les sérotines ou les grands rhinolophes, sont nettement plus imposantes. La taille, la forme des oreilles et la manière de voler ne suffisent pourtant pas à identifier une espèce avec certitude.

Des noms très différents selon les langues européennes

Le français n’est pas le seul à comparer la chauve-souris à une souris. Plusieurs langues européennes ont construit un nom à partir de son allure ou de son vol. D’autres, comme l’anglais, utilisent un mot propre sans référence directe au rongeur. Ces écarts montrent que les noms courants racontent davantage notre perception des animaux que leur parenté réelle.

Ce que les noms de chauve-souris évoquent dans quelques langues
LangueMot courantIdée évoquée
Françaischauve-souris« Souris chauve »
AllemandFledermaus« Souris qui voltige »
Néerlandaisvleermuis« Souris volante »
EspagnolmurciélagoHéritage latin lié à une souris aveugle
AnglaisbatMot propre, sans référence à la souris

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Le caractère nocturne n’explique donc pas, à lui seul, le nom français. Il a surtout nourri les légendes. Une chauve-souris surgit au crépuscule, vole avec une trajectoire changeante et disparaît dans une fente de toiture : ce comportement a longtemps semblé étrange, alors qu’il répond à des besoins très concrets de chasse et d’abri.

Comment elle se repère dans le noir

La plupart des chauves-souris françaises chassent grâce à l’écholocation. Elles émettent de très brefs sons, souvent trop aigus pour être entendus par l’oreille humaine, puis analysent l’écho renvoyé par un mur, une branche ou un insecte. Elles peuvent ainsi ajuster leur trajectoire et repérer une proie dans l’obscurité.

Ce système ne remplace pas la vue. Les chauves-souris voient, notamment pour s’orienter au crépuscule et distinguer les paysages. Elles combinent plusieurs informations : échos, vision, mémoire des itinéraires, odeurs et parfois sons produits par les insectes. Leur vol n’est pas silencieux à très courte distance, mais il reste discret pour nous.

Leur rôle au jardin : des chasseuses d’insectes, pas des créatures nuisibles

En France métropolitaine, les chauves-souris sont insectivores. Elles consomment notamment des papillons de nuit, des moustiques, des moucherons, des tipules, des coléoptères et d’autres insectes actifs au crépuscule. Une pipistrelle peut avaler plusieurs centaines de très petits insectes sur une nuit de chasse, selon sa taille, la météo et l’abondance des proies.

Il ne faut pas leur promettre un jardin sans moustiques : elles chassent ce qui est disponible et ne ciblent pas une seule espèce. Leur présence signale néanmoins un environnement où circulent des insectes et où elles trouvent des corridors sombres pour voler : haies, lisières, murs végétalisés, arbres, fossés ou plans d’eau.

Les chauves-souris ne construisent pas de nid et ne rongent pas les câbles comme les rongeurs. Elles recherchent des fissures étroites, des dessous de tuiles, des volets, des greniers calmes ou des cavités d’arbres. En hiver, beaucoup d’espèces hibernent dans des lieux frais, stables et hors gel ; il ne faut jamais les réveiller ou les déplacer.

Les observer sans les déranger ni les manipuler

Pour les voir, installez-vous dehors une dizaine de minutes avant le coucher du soleil, face à une haie, à un plan d’eau ou à une façade peu éclairée. Une chauve-souris se repère souvent à son vol rapide et sinueux, ponctué de virages serrés lorsqu’elle chasse. Une hirondelle vole aussi vite, mais elle est active de jour et sa silhouette est différente.

Évitez les lampes puissantes, les flashes et les tentatives de capture pour « mieux regarder ». Une chauve-souris posée au mur, sur un volet ou au sol en plein jour peut être fatiguée, blessée ou simplement dérangée. Ne cherchez pas à l’accrocher en hauteur : elle risque de tomber ou de s’épuiser davantage.

Des petites crottes sèches sous une entrée de gîte peuvent indiquer une présence. Celles de chauves-souris ont tendance à s’émietter et peuvent contenir des fragments d’insectes, mais ce n’est pas un test à faire à mains nues. En cas d’accumulation importante dans un comble, évitez de balayer à sec et demandez conseil avant tout nettoyage.

Une chauve-souris dans la maison : les bons gestes

Une chauve-souris entrée dans une pièce ne cherche généralement ni à attaquer ni à s’installer chez vous. Elle a pu suivre un insecte, être attirée par un passage ouvert ou se perdre. Gardez votre calme : la priorité est de lui laisser une sortie sans contact, tout en éloignant les enfants et les animaux domestiques.

L’aider à ressortir sans la toucher

  1. Isolez la pièce

    Fermez les portes intérieures. Éloignez chats, chiens et enfants. Ne tentez pas d’attraper l’animal avec une serviette, un filet ou vos mains, même s’il semble immobile.

  2. Préparez une sortie au crépuscule

    À la tombée de la nuit, ouvrez largement une fenêtre ou une porte donnant dehors. Éteignez l’éclairage intérieur et, si possible, les lumières extérieures proches. Retirez la moustiquaire si elle bloque le passage.

  3. Laissez du temps et de l’espace

    Quittez la pièce ou restez immobile à distance. Une chauve-souris valide peut mettre plusieurs dizaines de minutes à repérer l’ouverture et à partir. Ne la poursuivez pas si elle vole en cercle.

  4. Appelez si elle reste sur place

    Si elle est encore là le lendemain, si elle est au sol ou si elle paraît blessée, contactez un centre de soins de la faune sauvage, une association naturaliste locale ou un vétérinaire pour être orienté.

  5. Réagissez vite après un contact

    En cas de morsure, de griffure ou de salive sur une muqueuse, lavez immédiatement et abondamment la zone à l’eau et au savon, puis demandez sans délai un avis médical ou au centre antirabique.

Installer un gîte : utile, mais sans garantie d’occupation

Un gîte à chauves-souris peut offrir un refuge de jour dans un jardin pauvre en cavités. Choisissez un modèle étroit, à fond fermé, avec une entrée inférieure d’environ 15 à 20 mm et une surface interne rugueuse permettant l’accroche. Le bois doit être non traité à cœur et le gîte solidement fixé : une chute peut être mortelle pour ses occupantes.

Placez-le à 3 à 5 m de hauteur, sur un mur calme ou un arbre sain, hors de portée des chats. Une orientation est ou sud-est convient souvent, car le gîte reçoit le soleil du matin sans subir systématiquement la surchauffe de l’après-midi. Dans les régions très chaudes ou sur une façade plein sud, prévoyez une zone moins exposée.

Un gîte peut être occupé après une, deux ou trois saisons, ou ne jamais l’être. Cela ne signifie pas qu’il est mauvais : les chauves-souris sélectionnent leurs abris selon la température, les ressources alentour et leurs habitudes de colonie. N’ouvrez jamais un gîte pour vérifier sa fréquentation.

Toiture, volets, rénovation : une espèce strictement protégée

Les 36 espèces de chauves-souris recensées en France métropolitaine sont protégées. Le cadre national, notamment l’arrêté du 23 avril 2007, interdit en particulier la destruction, la capture, la perturbation intentionnelle et l’atteinte aux sites de reproduction ou aux aires de repos. Cette réglementation évolue : vérifiez les règles applicables à votre projet auprès des interlocuteurs compétents.

Concrètement, on ne bouche pas une fente de façade, une aération de comble ou un accès sous toiture sans avoir vérifié l’absence de chauves-souris. Les travaux de toiture, d’isolation, de ravalement ou d’abattage d’un arbre creux peuvent détruire un gîte, même lorsque les animaux sont momentanément absents.

Avant de fermer un accès ou de refaire une toiture

Les vérifications à faire

  • Repérez les entrées possibles au crépuscule et les traces sous les fissures.
  • N’obstruez jamais un accès entre mai et août sans avis spécialisé : des jeunes peuvent être présents.
  • Tenez compte aussi de l’hibernation hivernale : il n’existe pas de période universellement sans risque.
  • Demandez un diagnostic à un écologue ou sollicitez une association naturaliste locale avant le chantier.
  • En cas de colonie avérée, contactez la DREAL, l’OFB ou un professionnel compétent pour la marche à suivre.
  • Refusez les poisons, pièges collants, fumigènes et répulsifs ultrasoniques comme solution d’éviction.

Questions fréquentes

Pourquoi appelle-t-on une chauve-souris une « souris chauve » ?

Le mot français est un composé médiéval formé de « chauve » et de « souris ». Il évoque l’aspect d’un petit mammifère aux ailes de peau nue, mais ne décrit pas sa véritable classification. La chauve-souris n’est ni une souris ni un animal dépourvu de fourrure.

Les chauves-souris françaises sont-elles dangereuses pour l’homme ?

Elles évitent habituellement les humains et ne cherchent pas le contact. Il ne faut toutefois jamais les manipuler à mains nues, car un contact direct, une morsure ou une griffure nécessite un avis médical rapide. Les observer à distance ne présente pas de risque particulier.

Peut-on laisser des chauves-souris dans un grenier ?

Oui, lorsqu’elles occupent une partie calme et non habitée du bâtiment, leur présence peut souvent être compatible avec la maison. Elles sont protégées et il est interdit de les chasser ou de boucher leur accès sans précaution. En cas de nuisances, de déjections importantes ou de travaux, demandez conseil à une association naturaliste ou à un professionnel compétent.

Que faire si une chauve-souris entre dans une chambre ?

Isolez la pièce, éloignez les animaux et ouvrez largement une fenêtre à la tombée de la nuit, lumière éteinte. Ne la touchez pas et laissez-lui du temps pour sortir. Si elle reste présente le lendemain, semble blessée ou se trouve au sol, contactez un centre de soins de la faune sauvage.

Faut-il installer un nichoir à chauves-souris dans son jardin ?

Un gîte peut être utile s’il est placé à 3 à 5 mètres de haut, dans un endroit calme, sombre et proche d’une haie ou d’arbres. Il n’offre aucune garantie d’occupation et peut rester vide plusieurs saisons. Un jardin sans insecticides et peu éclairé la nuit compte autant que le gîte lui-même.

Peut-on reconnaître une chauve-souris grâce à ses crottes ?

Les déjections de chauves-souris sont souvent sèches, friables et composées de restes d’insectes, mais elles peuvent être confondues avec celles d’autres petits animaux. Ne les manipulez pas à mains nues et ne balayez pas une accumulation à sec. Pour confirmer une présence dans un bâtiment, faites-vous aider par une structure spécialisée.

Cet article est publié par La rédaction de Mamabea à titre d’information générale. Il ne remplace ni un diagnostic, ni un devis, ni l’avis d’un professionnel qualifié. Prix, réglementations et disponibilités évoluent : vérifiez-les avant toute décision. Notre charte éditoriale.