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Peut-on vraiment se passer de MapInfo pour la cartographie ?

MapInfo n’est pas indispensable pour produire des cartes fiables. Mais remplacer un SIG ne consiste pas à installer un logiciel gratuit : il faut préserver les données, les styles, les automatismes et les usages de l’équipe. Voici comment choisir sans perdre de temps ni de précision.

Poste de travail avec cartes imprimées et logiciel de cartographie à l’écran
Poste de travail avec cartes imprimées et logiciel de cartographie à l’écran

Oui, mais pas pour les mêmes raisons ni avec le même outil

Il est tout à fait possible de se passer de MapInfo pour la majorité des travaux de cartographie : afficher des données sur une carte, joindre un fichier Excel à des communes, créer des zones de chalandise, produire un atlas PDF ou calculer des indicateurs par secteur. QGIS, associé si besoin à une base de données spatiale comme PostGIS, répond déjà à un très grand nombre de ces usages.

En revanche, il n’existe pas un « remplaçant de MapInfo » universel. Un logiciel SIG de bureau, un outil de carte en ligne et une API de cartographie ne font pas le même travail. Google Maps Platform, par exemple, peut être utile pour afficher une carte ou calculer un itinéraire dans un site web, mais ne remplace pas à lui seul un environnement d’analyse géographique et de mise en page avancée.

MapInfo Pro garde du sens lorsqu’une organisation possède des années de fichiers TAB, des espaces de travail, des modèles d’impression et des scripts MapBasic éprouvés. Dans ce cas, le coût d’un changement peut dépasser plusieurs années de licences, surtout si les cartes servent à des décisions opérationnelles ou réglementaires. La bonne question n’est donc pas « quel logiciel est le meilleur ? », mais « quel outil produit notre résultat attendu, avec nos données, notre équipe et notre niveau de risque ? ».

Les repères avant de décider

0 €

de licence pour QGIS, logiciel libre

1 pilote

sur un projet réel avant toute migration générale

2 à 4 semaines

souvent nécessaires pour un test structuré

5 jeux de données

minimum à éprouver : points, lignes, polygones, tables, raster

Commencez par distinguer vos besoins de cartographie

Un usage ponctuel de visualisation n’exige pas la même solution qu’un référentiel de réseaux, un observatoire territorial ou une application destinée au public. Listez les opérations réellement effectuées pendant un cycle complet de travail : import, géocodage, jointure, géotraitement, contrôle, mise en page, diffusion et archivage.

Les fonctionnalités les plus sensibles sont rarement les fonds de carte. Ce sont plutôt les jointures entre données métiers et géographiques, les calculs de distance ou de surface, les traitements par lots, la gestion des projections, les légendes normalisées et les exports. Une belle carte à l’écran ne garantit ni la justesse des calculs ni la qualité du PDF final.

Questions à poser à l’équipe utilisatrice
  • Quels formats entrent et sortent réellement : TAB, MIF/MID, Shapefile, GeoPackage, GeoJSON, DXF, CSV, PDF ?
  • Faut-il modifier les données à plusieurs, conserver un historique ou gérer des droits d’accès ?
  • Les cartes sont-elles imprimées à une échelle précise, publiées sur le web ou intégrées à un logiciel métier ?
  • Existe-t-il des scripts MapBasic, des macros, des requêtes enregistrées ou des styles imposés ?
  • Quelle erreur serait inacceptable : mauvais géocodage, surface erronée, données périmées ou fuite de positions ?

QGIS, SIG commercial, carte web : choisir la bonne famille

QGIS est souvent la première alternative à examiner. C’est un SIG de bureau libre, disponible sous Windows, macOS et Linux, capable de lire de nombreux formats grâce à ses bibliothèques géospatiales. Il gère les projections, les jointures, les sélections spatiales, les mises en page, les services web et une vaste gamme de traitements. Il demande toutefois une vraie prise en main : gratuit ne veut pas dire sans formation.

Un SIG commercial reste pertinent si vous voulez un contrat de support, un éditeur responsable, des extensions métier déjà intégrées ou un environnement homogène avec les autres services de votre organisation. ArcGIS Pro et ArcGIS Online sont des exemples d’écosystème propriétaire, avec des abonnements et options à chiffrer selon les utilisateurs, les données et les fonctions attendues.

Pour une carte simple à partager, un outil web peut suffire. uMap permet notamment de publier une carte à partir de données compatibles avec OpenStreetMap, sous réserve de choisir un hébergement adapté. Pour un site ou une application, Leaflet ou OpenLayers servent à construire l’interface, tandis qu’un fournisseur de tuiles, de géocodage ou d’itinéraires apporte les services nécessaires. Ce montage est souple, mais il faut prévoir sa maintenance.

Solutions à envisager selon l’usage principal
SolutionUsage adaptéCoût de licencePoint de vigilance
QGISAnalyse et cartes de bureau0 €Formation et plugins à maîtriser
PostGIS + QGISDonnées partagées et volumineusesLogiciels libresAdministration serveur nécessaire
MapInfo ProContinuité de flux existantsSur devisDépendance aux licences et scripts
SIG commercial en ligneCollaboration et diffusion webAbonnement ou devisCoût par utilisateur et services
uMap / carte web simplePublication légèreSouvent gratuitPeu adapté aux analyses complexes
API cartographiqueCarte intégrée à une applicationSelon l’usageFacturation, quotas et développement

Faites glisser le tableau horizontalement pour tout voir.

Deux stratégies crédibles pour remplacer ou conserver MapInfo

Passer à QGIS et aux outils libres

Pour reprendre la main sur les formats et les licences.

Points forts
Aucun coût de licence pour le logiciel de bureauLarge prise en charge des formats et standardsGeoPackage et PostGIS facilitent l’interopérabilitéCommunauté, documentation et extensions nombreuses
Limites
Support à organiser en interne ou auprès d’un prestataireFormation indispensable pour travailler proprementCertains plugins sont maintenus de façon inégaleReprise des scripts et styles à refaire

Rester dans un SIG commercial

Pour préserver un cadre éditeur et des processus déjà stabilisés.

Points forts
Support contractuel et interlocuteur identifiéFonctions métier parfois prêtes à l’emploiMoins de rupture dans les habitudes existantesGouvernance logicielle plus centralisée
Limites
Licences, abonnements et options à budgéterFormats ou services parfois plus dépendants de l’éditeurMigration future potentiellement plus coûteuseFonctions avancées parfois facturées séparément

Migrer sans perdre la géométrie, les styles ni les habitudes

Les fichiers MapInfo ne se limitent pas toujours à une seule couche. Un projet peut associer des tables TAB, des fichiers graphiques, des tables de données, des espaces de travail WOR, des styles et des ressources externes. Copiez d’abord l’arborescence complète en lecture seule. Conservez aussi une version exportée des cartes de référence en PDF, avec leur échelle, leur légende et leur date.

Pour les données vecteur, le GeoPackage est un bon format de travail : il regroupe plusieurs couches dans un fichier unique, sans les limites historiques du Shapefile sur les noms de champs ou les encodages. Lorsqu’il faut travailler à plusieurs ou conserver beaucoup de données, PostGIS offre une base plus solide. Le Shapefile reste pratique pour l’échange, mais il disperse les fichiers et gère mal certains attributs.

La projection mérite un contrôle explicite. En France métropolitaine, Lambert-93 est fréquemment utilisé pour les données projetées, avec le code EPSG :2154. Cela ne dispense pas de vérifier le système de coordonnées livré par le fournisseur : une couche mal déclarée peut sembler correcte à petite échelle tout en étant décalée de plusieurs dizaines ou centaines de mètres. Les territoires ultramarins emploient d’autres référentiels.

Une migration pilote en sept étapes

  1. Inventoriez les actifs

    Recensez les fichiers, modèles, scripts, sources de données, sorties et utilisateurs. Notez qui valide chaque carte et à quelle fréquence elle est mise à jour.

  2. Choisissez un cas représentatif

    Prenez une carte réellement utilisée, avec jointure, symbologie, étiquettes, analyse et export. Un simple fond de plan ne révèle presque aucun problème.

  3. Figez une référence

    Archivez les fichiers source et un PDF validé. Relevez les champs, les filtres, les classes de légende, l’échelle, le système de coordonnées et la date des données.

  4. Importez dans un format durable

    Testez la lecture des TAB et MIF/MID, puis exportez vers GeoPackage ou chargez dans PostGIS. Vérifiez les accents, les dates, les identifiants et les valeurs nulles.

  5. Reconstruisez les traitements

    Recréez les jointures, sélections, tampons, regroupements et calculs avec des règles documentées. Ne validez pas un résultat uniquement parce que sa couleur ressemble à l’original.

  6. Comparez les résultats

    Contrôlez des objets précis, les totaux, les surfaces, les distances, la position des étiquettes et le PDF imprimé. Faites relire par la personne métier qui utilise la carte.

  7. Déployez progressivement

    Formez les utilisateurs, rédigez une procédure courte et gardez MapInfo disponible pendant une période de chevauchement. Ne migrez le projet suivant qu’après correction des écarts constatés.

Le coût réel ne se limite jamais au prix de la licence

QGIS ne facture pas de licence, ce qui peut faire une différence immédiate pour une petite structure ou un indépendant. Mais une transition mobilise du temps : inventaire des données, tests d’import, formation, reprise des modèles, documentation et assistance au démarrage. Pour une équipe peu habituée aux SIG, ce temps coûte souvent davantage que l’installation du logiciel.

Si vous faites appel à un spécialiste SIG, comptez couramment quelques centaines d’euros HT pour une formation courte très ciblée ou un audit léger, et environ 600 à 1 200 € HT par jour pour une prestation de paramétrage, de développement ou de migration selon la complexité et la région. Il ne s’agit que d’ordres de grandeur : demandez un chiffrage sur un échantillon réel de vos données.

Les solutions web ne sont pas automatiquement économiques. Une API peut être facturée selon les affichages, les recherches d’adresse, les calculs d’itinéraire ou le volume de tuiles chargées. Fixez des alertes budgétaires, estimez l’audience maximale et prévoyez un fonctionnement dégradé en cas de quota atteint. Pour un outil commercial, demandez aussi le coût du support, des extensions et des comptes supplémentaires.

Ce qu’il faut inscrire au budget de décision
PosteOption libreOption commerciale
Licence logiciel0 € pour QGISAbonnement ou devis
Formation initialeÀ prévoirÀ prévoir aussi
Migration des modèlesSouvent nécessaireVariable selon l’outil
SupportInterne ou prestataireContrat possible
Infrastructure partagéePostGIS ou hébergementService inclus ou optionnel
Données et fondsSelon leurs licencesSelon leurs licences

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Données, fonds de carte et géolocalisation : les règles à ne pas oublier

Changer de logiciel ne donne aucun droit supplémentaire sur les données. Avant de télécharger un fond de carte, une adresse, un réseau routier ou des données cadastrales, lisez la licence associée au jeu de données. De nombreuses données publiques françaises sont diffusées sous Licence Ouverte, mais les conditions peuvent différer selon le producteur, la version, le millésime ou le service utilisé.

Les données OpenStreetMap sont utilisables dans de nombreux projets, à condition de respecter notamment l’attribution à OpenStreetMap et les obligations de la licence ODbL lorsqu’elles s’appliquent à une base de données dérivée. Une image de carte, une base géographique et un service de tuiles sont trois objets distincts : il faut vérifier les conditions de chacun. Ne copiez pas des tuiles depuis un site web pour constituer votre propre fond sans autorisation explicite.

Une position peut devenir une donnée personnelle lorsqu’elle permet de suivre ou de réidentifier une personne, un salarié, un client ou un véhicule rattaché à une personne. Limitez la précision, la durée de conservation et les accès au strict besoin. Pour un projet contenant du suivi individuel, des données sensibles ou une diffusion publique, sollicitez votre référent RGPD ou un conseil compétent : le cadre évolue et dépend du traitement exact.

Sécuriser la production et vérifier que la carte reste fiable

Une migration réussie doit rendre le travail plus reproductible, pas seulement changer d’icône sur le bureau. Créez un dossier de projet clair : données brutes non modifiées, données préparées, styles, mises en page, exports et document de méthode. Indiquez l’auteur, la source, le millésime et le système de coordonnées sur les livrables lorsque cela est utile.

Pour un usage collectif, évitez les copies locales divergentes. Une base PostGIS ou un espace partagé bien organisé peut centraliser les données, à condition de définir les droits de modification et les sauvegardes. Les couches de référence doivent avoir un responsable identifié : sans cela, un nouvel outil peut multiplier les versions plutôt que simplifier le travail.

À valider avant d’abandonner MapInfo

  • Les TAB, MIF/MID et données annexes importantes s’ouvrent sans perte d’attributs.
  • Les projections sont documentées et vérifiées sur des points de contrôle connus.
  • Les jointures, filtres, calculs de surface et distances donnent les résultats attendus.
  • Le PDF final est lisible à l’échelle réellement imprimée ou diffusée.
  • Les sources, millésimes et licences des fonds de carte sont indiqués.
  • Les scripts ou traitements récurrents ont un équivalent testé et documenté.
  • Les utilisateurs ont reçu une procédure et savent où demander de l’aide.
  • Une sauvegarde des projets MapInfo d’origine est conservée et accessible.

Quelle décision prendre selon votre situation ?

Pour une association, un indépendant ou une petite équipe qui produit quelques cartes et analyses, QGIS est généralement le meilleur premier essai. Installez-le, suivez une formation pratique d’une journée si nécessaire, puis refaites une carte existante. Pour une carte à partager ponctuellement, un outil web léger peut compléter QGIS sans remplacer ses fonctions d’analyse.

Pour une collectivité, un bureau d’études ou une entreprise qui centralise beaucoup de données, la combinaison QGIS et PostGIS mérite une étude sérieuse. Elle favorise les formats ouverts et le travail multiutilisateur, mais demande une gouvernance technique. Un prestataire SIG peut accélérer le cadrage, surtout si les données alimentent des décisions d’aménagement, de réseau ou de sécurité.

Pour une structure très dépendante de scripts MapBasic, de gabarits MapInfo et de livrables critiques, ne forcez pas une migration totale. Gardez MapInfo pour les processus qui fonctionnent, puis basculez progressivement les nouveaux projets ou les usages simples vers QGIS. Cette coexistence temporaire est souvent plus sûre qu’un remplacement brutal.

Enfin, si votre objectif est une carte interactive dans une application, partez du besoin web plutôt que d’un logiciel de bureau. Définissez les données à afficher, le volume de visiteurs, les fonctions de recherche ou d’itinéraire, les droits de réutilisation et le budget d’usage. Le bon choix peut alors être une base PostGIS, une bibliothèque web et un fournisseur de services cartographiques, sans MapInfo ni QGIS côté utilisateur final.

Questions fréquentes

QGIS peut-il ouvrir des fichiers MapInfo TAB ?

QGIS peut lire de nombreux fichiers MapInfo TAB et MIF/MID via ses composants géospatiaux. Il faut néanmoins tester un échantillon représentatif, car les styles, les étiquettes, les encodages et certaines particularités de table peuvent nécessiter des ajustements. Conservez toujours les fichiers originaux avant conversion.

QGIS est-il vraiment gratuit pour un usage professionnel ?

Oui, QGIS est un logiciel libre et son utilisation ne demande pas de licence payante, y compris dans un cadre professionnel. En revanche, la formation, le support, l’hébergement de données, les développements spécifiques et le temps de migration ont un coût. Le logiciel gratuit ne dispense pas d’organiser la maintenance.

Peut-on remplacer MapInfo par Google Maps ?

Google Maps ou une API cartographique peuvent convenir pour afficher une carte, rechercher une adresse ou proposer des itinéraires dans un site web. Ils ne remplacent pas directement un SIG de bureau pour les jointures de données, les traitements spatiaux, les contrôles de projection ou la production d’atlas. Les conditions tarifaires et d’utilisation du fournisseur doivent aussi être vérifiées.

Combien de temps faut-il pour migrer de MapInfo vers QGIS ?

Pour une carte simple avec quelques couches, un test peut prendre une ou deux journées. Pour un projet avec des scripts, de nombreuses tables, des règles de style et des sorties récurrentes, comptez plutôt plusieurs semaines de travail étalées. Une phase pilote permet de chiffrer plus précisément avant de migrer l’ensemble.

Faut-il convertir les données MapInfo en GeoPackage ou en PostGIS ?

Le GeoPackage est très pratique pour un projet individuel ou un échange de données : un fichier peut contenir plusieurs couches et leurs attributs. PostGIS est préférable lorsque plusieurs personnes modifient les données, que les volumes sont importants ou que vous avez besoin de droits d’accès et de sauvegardes centralisées. Le choix dépend donc de l’organisation du travail plus que du logiciel utilisé.

Les cartes avec des adresses ou positions de clients sont-elles soumises au RGPD ?

Elles peuvent l’être si les positions permettent d’identifier directement ou indirectement une personne, par exemple un domicile, un parcours ou une tournée associée à un salarié. Il convient alors de limiter les données, les accès et la conservation à ce qui est nécessaire. Pour un suivi individuel ou une diffusion externe, un référent RGPD ou un professionnel du droit peut vérifier le cadre applicable.

Cet article est publié par La rédaction de Mamabea à titre d’information générale. Il ne remplace ni un diagnostic, ni un devis, ni l’avis d’un professionnel qualifié. Prix, réglementations et disponibilités évoluent : vérifiez-les avant toute décision. Notre charte éditoriale.