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Cultiver son propre papier toilette dans son jardin : la surprenante initiative de l’activiste Robin Greenfield

L’idée de remplacer un rouleau par des feuilles du jardin intrigue autant qu’elle divise. Popularisée par Robin Greenfield, elle peut servir de dépannage ou d’expérience potagère, à condition de choisir les bonnes plantes, de ne rien jeter dans les WC et de ne pas confondre nature et hygiène garantie.

Feuilles veloutées d’oreille d’agneau et de molène dans un jardin
Feuilles veloutées d’oreille d’agneau et de molène dans un jardin

Ce que propose réellement l’initiative de Robin Greenfield

Robin Greenfield est un activiste écologiste américain connu pour ses expériences de sobriété. En 2020, pendant les pénuries de rouleaux qui ont accompagné la pandémie, il a popularisé l’idée de grow your own toilet paper : faire pousser des plantes aux feuilles souples pour les employer ponctuellement après le passage aux toilettes.

Le nom est volontairement provocateur. Il ne s’agit pas de produire de la pâte à papier, de presser des feuilles ou de remplacer industriellement un rouleau. Il s’agit d’utiliser une feuille fraîche comme support d’essuyage extérieur. Cette distinction compte : une feuille de jardin est un végétal vivant, potentiellement porteur de terre, de pollens, de micro-organismes ou de substances irritantes.

Quelles plantes cultiver, et lesquelles écarter

La bonne plante combine quatre critères : une feuille assez grande, une surface souple, une identification botanique certaine et une culture sans traitement. En France, l’oreille d’agneau et la molène sont les choix les plus accessibles. Elles ne dispensent toutefois pas d’un essai très prudent : la peau et les muqueuses réagissent différemment selon les personnes.

La molène commune, Verbascum thapsus, forme une large rosette de feuilles très duveteuses. C’est une bisannuelle : elle produit surtout son feuillage la première année, fleurit souvent la suivante, puis disparaît. L’oreille d’agneau, Stachys byzantina, est une vivace à feuillage gris argenté, plus durable au jardin et généralement plus facile à maintenir en massif.

Plantes citées pour cet usage : intérêt, limites et prix indicatifs
PlanteCulture en FranceAtoutLimite importantePrix indicatif
Oreille d’agneauSoleil, sol drainéFeuille souple, vivacePoils parfois irritants4 à 8 € le godet
Molène communeSoleil, sol ordinaireGrande rosette veloutéeBisannuelle, se ressème3 à 6 € les graines
Origan cubainPot, hors gelFeuille épaisseTrès aromatique, à éviter ici4 à 9 € le plant
« Boldo brésilien »Nom commercial variableSouvent cité en ligneIdentification incertaineÀ ne pas choisir ainsi

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L’origan cubain, un Plectranthus aux feuilles velues et parfumées, est souvent montré dans des contenus nord-américains. Il craint le gel et ses huiles aromatiques peuvent gêner les peaux sensibles : ce n’est pas un premier choix pour cet usage. Quant au « boldo brésilien », ce nom vernaculaire peut désigner plusieurs plantes selon les vendeurs. N’achetez jamais une plante destinée à une zone intime sur la seule foi d’un nom commun.

Écartez d’emblée les plantes sauvages non identifiées, les feuilles proches d’une route, d’un compost, d’une litière animale ou d’une zone traitée. Les feuilles de rhubarbe, de digitale, d’euphorbe, d’hellébore, de laurier-rose ou de plantes à sève blanche ne sont pas des candidates. Une feuille douce au toucher n’est pas nécessairement inoffensive.

Quatre repères utiles avant de planter

0

feuille végétale à jeter dans les WC

1/3

maximum du feuillage prélevé sur un plant

2 ans

cycle fréquent de la molène commune

10 °C

seuil prudent pour rentrer un Plectranthus en pot

Installer un petit carré de feuilles douces

Inutile de consacrer un grand potager à cette expérience. Deux à quatre pieds d’oreille d’agneau occupent environ 0,5 à 1 m² une fois développés. Ils donnent du feuillage du printemps à l’automne, parfois davantage en hiver doux. Pour une réserve de feuilles plus régulière, installez plusieurs plants plutôt que de dépouiller un seul sujet.

Choisissez une zone propre, éloignée de la rue, du passage des animaux et des pulvérisations. L’oreille d’agneau préfère le plein soleil et un sol qui évacue bien l’eau : l’humidité hivernale fait plus de dégâts que le froid. La molène accepte un sol pauvre et sec, mais elle a besoin d’espace pour étaler sa rosette.

Planter et entretenir sans fragiliser les plants

  1. Plantez au bon moment

    Installez l’oreille d’agneau au printemps ou au début de l’automne, avec 35 à 45 cm entre les godets. Semez la molène au printemps, ou plantez-la en automne dans un emplacement définitif : elle supporte mal les déplacements une fois enracinée.

  2. Préparez un sol simple

    Ameublissez sur 20 cm et ajoutez un peu de compost mûr seulement si la terre est très pauvre. Évitez les apports massifs d’engrais azoté : ils donnent un feuillage tendre mais plus sensible aux pucerons et aux maladies.

  3. Arrosez pour l’installation, pas pour forcer

    Arrosez au pied une à deux fois par semaine pendant les trois premières semaines s’il ne pleut pas. Ensuite, l’oreille d’agneau et la molène supportent assez bien la sécheresse une fois enracinées ; un paillage propre limite les éclaboussures de terre sur les feuilles.

  4. Récoltez en laissant la plante vivre

    Coupez les plus grandes feuilles extérieures avec des ciseaux propres, sans arracher le cœur de la rosette. Ne prélevez jamais plus d’un tiers du feuillage à la fois et laissez plusieurs semaines au plant pour se reconstituer.

Utiliser une feuille sans créer de problème d’hygiène

Réservez cet usage à l’essuyage externe, sur une peau saine. Prenez une feuille intacte, sans fientes, taches, moisissures ni insectes. Rincez-la à l’eau potable si elle porte de la poussière, puis utilisez-la aussitôt. Une seule feuille ne nettoie pas forcément aussi bien qu’un papier conçu pour cet usage : mieux vaut ne pas se raconter d’histoires sur son efficacité.

N’utilisez ni feuilles sèches et cassantes, ni feuillage cueilli après un traitement phytosanitaire, même « naturel ». Le savon noir, le purin concentré, les huiles essentielles et les produits anti-limaces peuvent tous poser problème au contact des zones sensibles. Évitez également cette solution en cas de diarrhée, d’infection, d’hémorroïdes, de fissure ou de sensibilité cutanée marquée.

Après usage, enveloppez la feuille dans un petit sac ou du papier déjà utilisé et placez-la dans les ordures ménagères résiduelles. Ne la jetez ni dans la cuvette, ni dans le bac de déchets verts, ni dans votre compost domestique. Les composteurs de jardin ne garantissent pas la destruction des agents pathogènes provenant des selles.

Feuilles du jardin ou papier recyclé : le choix le plus réaliste

Deux approches pour réduire l’impact des rouleaux

Feuilles cultivées

Dépannage ou expérience ponctuelle

Points forts
Pas d’emballage à acheter pour un usage occasionnelValorise une plante déjà présente au jardinFait réfléchir à la consommation quotidienne
Limites
Disponibilité saisonnière et rendement imprévisibleRisque d’irritation ou de souillureDéchet à jeter avec les ordures ménagèresNe convient pas à tous les usages ni à tous les publics

Papier recyclé

Solution quotidienne plus fiable

Points forts
Texture et dissolution prévues pour les WCDisponible toute l’annéeHygiène et stockage plus simplesRéduit l’usage de fibres vierges s’il est certifié recyclé
Limites
Achat récurrent et emballageQualité très variable selon les référencesImpact de fabrication et de transport à limiter

Pour la plupart des foyers, la voie la plus cohérente n’est pas de viser le « zéro rouleau » grâce au jardin. Choisir un papier recyclé sans parfum ni lotion, en rouleaux peu emballés, puis utiliser seulement la quantité nécessaire est plus pratique et plus prévisible. Une douchette ou un bidet peut aussi réduire l’essuyage, mais une installation raccordée au réseau d’eau doit éviter tout risque de retour d’eau et mérite l’avis d’un plombier si le montage n’est pas prévu d’origine.

Écologie et budget : un bilan à garder nuancé

Faire pousser quelques feuilles ne remplace pas mécaniquement l’empreinte d’un produit manufacturé. Le papier toilette consomme des matières premières, de l’énergie, de l’eau et parfois du plastique d’emballage ; mais un massif demande lui aussi de l’eau, du terreau, des plants et parfois une protection contre les limaces. L’intérêt écologique est réel surtout si les plantes sont vivaces, locales, peu arrosées et déjà intégrées au jardin.

Côté budget, comptez environ 4 à 8 € pour un godet d’oreille d’agneau, auquel s’ajoutent éventuellement terreau et paillage. Cela ne constitue pas une économie calculable sur les rouleaux, car le feuillage est limité, variable et inadapté à une partie des situations. Le gain le plus concret consiste plutôt à garder quelques rouleaux de secours, acheter en format familial sans suremballage et éviter les versions parfumées ou excessivement épaisses.

Canalisations, compost et règles locales : les limites à respecter

Une feuille biodégradable n’est pas une feuille compatible avec les canalisations. Elle ne se délite pas comme du papier toilette et peut s’accrocher dans un siphon, une canalisation ancienne ou une pompe de relevage. La règle est donc absolue : dans une cuvette raccordée au tout-à-l’égout ou à une fosse, seules les déjections, l’urine et le papier toilette prévu pour cet usage doivent être évacués.

Vous pouvez cultiver ces plantes dans un jardin privé sans formalité particulière, à condition de respecter les règles ordinaires de voisinage et de ne pas introduire une espèce interdite localement. Ne prélevez pas de végétaux dans la nature sans vérifier le statut du site et de l’espèce. Si vous envisagez des toilettes sèches ou un système de compostage des matières, renseignez-vous auprès de la mairie et du service public d’assainissement non collectif : les règles de traitement et d’épandage évoluent selon l’installation et le territoire.

La vérification avant chaque récolte

Cinq contrôles simples

  • La plante est identifiée par son nom botanique, pas seulement par un surnom.
  • Le plant n’a reçu aucun pesticide, répulsif ou traitement sur les feuilles.
  • La feuille est sèche, intacte, sans moisissure, terre ni déjection animale.
  • Vous ne retirez pas plus d’un tiers des feuilles disponibles sur le plant.
  • La feuille utilisée ira dans les ordures résiduelles, jamais dans les WC ni au compost.

Questions fréquentes

Peut-on vraiment remplacer tout son papier toilette par des plantes du jardin ?

En pratique, non pour la plupart des foyers. Le feuillage manque en hiver, varie selon la météo et ne convient pas aux peaux sensibles ou aux épisodes de troubles digestifs. Les plantes sont plus réalistes comme dépannage ponctuel ou curiosité de jardinage.

Quelle est la meilleure plante pour faire pousser son « papier toilette » en France ?

L’oreille d’agneau, Stachys byzantina, est souvent le choix le plus simple : elle est vivace, rustique et produit des feuilles souples. La molène commune peut aussi convenir, mais son cycle est généralement de deux ans et ses poils peuvent irriter certaines personnes.

Faut-il laver les feuilles avant de les utiliser ?

Une feuille porte facilement de la poussière, des particules de terre, des pollens ou des déjections d’insectes. Rincez une feuille saine à l’eau potable si nécessaire et utilisez-la immédiatement. Une feuille très sale, abîmée ou humide doit être écartée plutôt que « nettoyée » sommairement.

Peut-on jeter des feuilles de molène ou d’oreille d’agneau dans les toilettes ?

Non. Même biodégradables, ces feuilles ne se dissolvent pas assez vite et peuvent boucher les canalisations, les fosses ou les pompes de relevage. Après usage, placez-les dans les ordures ménagères résiduelles, conformément aux consignes locales.

Combien de temps faut-il pour récolter des feuilles utilisables ?

Un godet d’oreille d’agneau installé au printemps peut fournir quelques feuilles la même saison s’il s’enracine bien, mais il devient plus productif l’année suivante. Une molène semée au printemps développe surtout sa rosette la première année ; récoltez peu pour ne pas compromettre sa croissance.

Le papier toilette recyclé est-il plus écologique que les feuilles du jardin ?

Pour un usage quotidien, le papier recyclé est souvent plus cohérent et plus sûr, surtout s’il est peu emballé et sans parfum. Les feuilles évitent un achat ponctuel, mais elles exigent un jardin propre, une identification fiable et restent un déchet à éliminer hors des WC.

Cet article est publié par La rédaction de Mamabea à titre d’information générale. Il ne remplace ni un diagnostic, ni un devis, ni l’avis d’un professionnel qualifié. Prix, réglementations et disponibilités évoluent : vérifiez-les avant toute décision. Notre charte éditoriale.