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Les dernières réglementations en matière d’énergie et ce qu’elles signifient pour les entreprises françaises

Un commerce, un entrepôt ou des bureaux ne sont pas soumis aux mêmes règles énergétiques. Surface tertiaire, puissance de chauffage, parking, effectif et flotte changent tout. Voici les obligations à repérer, les échéances à inscrire au calendrier et les dépenses à prioriser sans financer de travaux inutiles.

Toiture solaire et ombrières photovoltaïques sur un bâtiment d’entreprise français
Toiture solaire et ombrières photovoltaïques sur un bâtiment d’entreprise français

Les règles à identifier avant de lancer un chantier

Il n’existe pas une « nouvelle norme énergie » unique pour toutes les entreprises. Les textes français ciblent des situations précises : bâtiments tertiaires étendus, équipements de chauffage ou de climatisation puissants, grandes toitures, parkings, flottes automobiles et grandes organisations. Une TPE de 15 salariés dans un local de 250 m² n’a donc pas le même calendrier qu’un réseau de magasins ou qu’un entrepôt logistique.

Le bon réflexe consiste à séparer les obligations du site, qui incombent souvent au propriétaire et à l’occupant, de celles de la personne morale, comme le bilan d’émissions de gaz à effet de serre. Vérifiez aussi les baux commerciaux : un bail vert ou une annexe environnementale peut répartir la fourniture des données, les travaux et les économies entre les parties.

Ne confondez pas obligation réglementaire et dispositif d’aide. Les certificats d’économies d’énergie, dits CEE, financent certains travaux sous conditions, mais ne dispensent d’aucune obligation. À l’inverse, une entreprise non assujettie peut tout à fait avoir intérêt à mesurer et réduire ses consommations.

Panorama des principales obligations énergétiques à vérifier
SujetDéclencheur principalÉchéance ou cibleAction immédiate
Décret tertiaireActivités tertiaires dès 1 000 m²–40 % en 2030Déclarer les données dans OPERAT
BACSChauffage ou climatisation > 290 kWDepuis le 1er janvier 2025Faire diagnostiquer le pilotage
BACS étenduChauffage ou climatisation > 70 kW1er janvier 2027Budgéter l’automatisation
ToituresConstruction ou rénovation lourde viséePart de toiture à couvrirVérifier le permis et les exemptions
Parkings existantsParking extérieur ≥ 1 500 m²2026 ou 2028 selon la tailleRelever la surface et les contraintes
Audit énergétiqueGrande entreprise selon effectif et comptesTous les 4 ansContrôler l’éligibilité
Bilan GESEntreprise privée > 500 salariésTous les 4 ansPublier le bilan et un plan de transition

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Décret tertiaire : la priorité pour les bureaux, commerces et services

Le dispositif Éco Énergie Tertiaire, souvent appelé décret tertiaire, vise les bâtiments ou ensembles de bâtiments accueillant des activités tertiaires sur une surface de plancher cumulée d’au moins 1 000 m². Sont notamment concernés les bureaux, commerces, hôtels, établissements de santé, écoles, administrations, restaurants et plateformes logistiques comprenant des espaces tertiaires.

L’objectif porte sur la consommation d’énergie finale. L’assujetti doit atteindre, au choix, une baisse relative par rapport à une année de référence ou un niveau de consommation absolu fixé selon la catégorie d’activité et la zone climatique. Les jalons de réduction relative sont de –40 % en 2030, –50 % en 2040 et –60 % en 2050, par rapport à une référence qui ne peut pas être antérieure à 2010.

Les consommations sont déclarées chaque année sur la plateforme OPERAT. La date limite est fixée au 30 septembre pour les données de l’année précédente. Il faut y renseigner les consommations par énergie, les surfaces, les activités et, si nécessaire, les modulations justifiant une trajectoire adaptée : contraintes architecturales, changement de volume d’activité, rénovation lourde ou situation économique particulière.

Les repères du dispositif Éco Énergie Tertiaire

1 000 m²

seuil de surface tertiaire cumulée

30 septembre

date annuelle de transmission dans OPERAT

–40 %

objectif relatif à atteindre en 2030

2050

horizon de la cible de réduction de 60 %

Dans un immeuble multi-occupants, propriétaire et locataires ont intérêt à formaliser les rôles. Le bailleur maîtrise souvent l’enveloppe, les centrales de traitement d’air ou le chauffage collectif. Le preneur maîtrise les horaires, l’éclairage, le matériel informatique et les usages. Sans sous-comptage, les données seront difficiles à exploiter et les économies difficiles à répartir.

BACS : le pilotage automatisé devient obligatoire sur les gros équipements

Le décret BACS impose des systèmes d’automatisation et de contrôle des bâtiments non résidentiels. Ces équipements mesurent, régulent et pilotent le chauffage, la climatisation, la ventilation, l’eau chaude sanitaire ou l’éclairage lorsqu’ils sont intégrés au système. L’objectif n’est pas d’installer un écran dans un local technique : le système doit permettre d’ajuster les consignes, de détecter les dérives et d’analyser les consommations.

Les bâtiments dotés de systèmes de chauffage ou de climatisation dont la puissance nominale utile cumulée dépasse 290 kW sont concernés depuis le 1er janvier 2025. Le seuil descendra à plus de 70 kW au 1er janvier 2027. Cette extension touche de nombreux commerces, cabinets, établissements de soins, hôtels et bâtiments de bureaux de taille moyenne.

Un BACS peut prendre la forme d’une gestion technique du bâtiment, d’une supervision plus simple avec compteurs communicants et régulations programmables, ou d’une modernisation des automatismes existants. Le bon niveau dépend des installations. Pour un site aux horaires stables et aux équipements simples, une GTB très complexe peut être disproportionnée. À l’inverse, un bâtiment multi-zones avec ventilation, froid et climatisation a besoin d’un pilotage plus fin.

Toitures et parkings : solaire, végétalisation et ombrage

Les obligations de solarisation ou de végétalisation visent certaines constructions neuves, extensions et rénovations lourdes de bâtiments commerciaux, industriels, artisanaux, d’entrepôt, hospitaliers, sportifs, scolaires ou administratifs. Selon l’opération et la catégorie de bâtiment, une fraction de la toiture ou des ombrières doit intégrer un procédé de production d’énergies renouvelables ou un dispositif de végétalisation.

Depuis 2025, le seuil de référence de 500 m² revient fréquemment pour les opérations visées, mais il ne faut pas appliquer ce chiffre mécaniquement. Le permis de construire, la nature exacte des travaux, l’emprise concernée, les règles locales d’urbanisme, la sécurité incendie et les contraintes patrimoniales déterminent le régime applicable. La part à couvrir augmente progressivement dans les textes, avec un objectif pouvant atteindre 50 % pour certaines opérations à partir de 2027.

Pour les parkings extérieurs existants d’au moins 1 500 m², la loi prévoit une couverture d’au moins la moitié de la surface par des dispositifs d’ombrage, notamment des ombrières photovoltaïques ou, dans les cas admis, de la végétalisation. Le calendrier distingue en principe les parkings d’au moins 10 000 m², attendus au 1er juillet 2026, et ceux compris entre 1 500 et 10 000 m², attendus au 1er juillet 2028. Des exemptions ou adaptations existent, par exemple en cas de contraintes techniques, de sécurité, de patrimoine ou de disproportion économique dûment démontrée.

Avant de commander des panneaux, faites vérifier la structure, l’étanchéité, la présence d’amiante, les accès pompiers, le raccordement électrique et les règles d’urbanisme. Une toiture fragile ou un transformateur insuffisant peut faire basculer la rentabilité. Pour un parking, l’organisation des circulations, la hauteur libre et l’accès des véhicules de secours comptent autant que la puissance photovoltaïque.

Flottes et bornes : deux obligations souvent oubliées

Les entreprises gérant une flotte de plus de 100 véhicules légers sont soumises à des objectifs de renouvellement en véhicules à faibles émissions. Le taux minimal attendu est de 20 % des renouvellements depuis 2024, puis 40 % à partir de 2027 et 70 % à partir de 2030. Il s’agit d’un taux annuel de renouvellement, non d’une obligation de transformer instantanément tout le parc.

Les bâtiments non résidentiels avec un parking de plus de 20 places doivent également, sauf cas d’exemption prévus par les textes, disposer d’au moins un point de recharge depuis le 1er janvier 2025. Pour les bâtiments neufs ou faisant l’objet d’une rénovation importante avec plus de 10 places, le pré-équipement d’une part significative des emplacements et l’installation d’au moins une borne sont à anticiper dès la conception.

Ne dimensionnez pas les bornes uniquement d’après le nombre de véhicules. Étudiez la puissance disponible, les heures d’immobilisation, la possibilité de pilotage de charge et les usages réels. Une borne de 7,4 kW bien pilotée pendant la nuit peut être plus utile qu’une borne très rapide inaccessible pendant les horaires de travail.

Audit énergétique et bilan GES : qui doit publier quoi

L’audit énergétique réglementaire ne s’impose pas à toutes les entreprises. Il concerne les grandes entreprises, notamment celles employant au moins 250 personnes, ou dépassant certains seuils financiers de chiffre d’affaires et de bilan. Il doit être renouvelé tous les quatre ans et couvrir une part très majoritaire des consommations énergétiques. Une certification ISO 50001 couvrant au moins 80 % des consommations peut, sous conditions, remplacer cette obligation d’audit.

L’audit décrit les usages, les gisements d’économies et leur rentabilité. Il n’impose pas, à lui seul, de réaliser chaque préconisation. En revanche, il constitue une base solide pour arbitrer entre rénovation de chaudière, isolation, récupération de chaleur, régulation, photovoltaïque ou changement de contrat d’exploitation.

Le bilan d’émissions de gaz à effet de serre réglementaire, ou BEGES, est une autre obligation. Les entreprises privées de plus de 500 salariés en métropole doivent le publier tous les quatre ans. Il inclut les émissions directes, celles liées à l’énergie achetée et les émissions indirectes significatives, accompagnées d’un plan de transition. Les personnes publiques relèvent de seuils et d’une périodicité spécifiques.

La CSRD est encore différente : elle organise un reporting de durabilité pour certaines entreprises selon leur taille, leur cotation et le calendrier européen. Son champ évolue avec les textes européens. Ne la confondez ni avec l’audit énergétique, ni avec le BEGES français : les livrables, les données et les responsabilités ne sont pas identiques.

Budgets, aides et rentabilité : financer dans le bon ordre

Les premiers euros utiles vont rarement vers un grand équipement de production. Un relevé de compteurs, une analyse des contrats, le réglage des horaires et des consignes, puis le sous-comptage des usages majeurs permettent de fiabiliser le projet. Comptez souvent de 1 000 à 10 000 € pour instrumenter un petit ou moyen site, selon le nombre de tableaux et de compteurs. Un audit réglementaire ou approfondi peut représenter plusieurs milliers d’euros, davantage sur un patrimoine multi-sites.

Pour un BACS, les coûts vont de quelques milliers d’euros pour une régulation ciblée à plusieurs dizaines de milliers d’euros pour une GTB complète avec capteurs, câblage et supervision. En photovoltaïque sur toiture professionnelle, un ordre de grandeur courant se situe autour de 900 à 1 500 € par kWc installé, hors renforcement de charpente, désamiantage ou raccordement complexe. Les ombrières de parking sont généralement plus coûteuses par kWc, car elles comprennent la structure, les fondations et les adaptations du site.

Les CEE peuvent aider à financer l’isolation, la régulation, certains équipements thermiques performants ou la récupération de chaleur. Le Fonds Chaleur de l’ADEME peut être pertinent pour la biomasse, le solaire thermique, la géothermie ou la chaleur récupérée. Régions, intercommunalités et fournisseurs proposent aussi des aides ponctuelles. Vérifiez toujours les critères techniques, le cumul autorisé et les dates de dépôt.

Une méthode en six étapes pour rester conforme

Plan d’action à mener site par site

  1. Cartographier le patrimoine

    Listez les adresses, surfaces, activités, années de construction, parkings, toitures et puissances des systèmes de chauffage et de climatisation. Ajoutez le propriétaire, l’occupant et la date de fin de bail.

  2. Rassembler douze à trente-six mois de données

    Centralisez les factures d’électricité, gaz, réseau de chaleur, carburants et eau. Relevez les index disponibles et associez-les aux surfaces, horaires, volumes produits et taux d’occupation.

  3. Qualifier les obligations

    Testez séparément les seuils du décret tertiaire, du BACS, des parkings, des bornes, de l’audit et du BEGES. Conservez les justificatifs lorsqu’une obligation ne s’applique pas.

  4. Corriger les dérives sans attendre

    Réglez les consignes, les horloges, la ventilation, l’éclairage et les fuites. Ces actions peu coûteuses donnent une consommation de référence plus fiable avant de chiffrer les gros travaux.

  5. Arbitrer les investissements

    Demandez des scénarios comparables intégrant travaux, maintenance, économies estimées, durée de vie, contraintes réglementaires et aides. Faites chiffrer séparément les postes structure, raccordement et exploitation.

  6. Déclarer, piloter et archiver

    Alimentez OPERAT ou les plateformes requises, suivez les alertes mensuelles et archivez les dossiers. Désignez un responsable interne même si l’exploitation technique est sous-traitée.

Sanctions, contrôles et cas où il faut se faire accompagner

Le décret tertiaire prévoit notamment une mise en demeure, une publication du manquement et une amende administrative pouvant aller jusqu’à 7 500 € pour une personne morale. L’absence d’audit énergétique obligatoire peut être sanctionnée à hauteur de 2 % du chiffre d’affaires hors taxes, et davantage en cas de récidive. Pour le BEGES, l’amende peut atteindre 10 000 €, puis 20 000 € en cas de récidive.

Ces montants ne doivent pas faire oublier le risque opérationnel : un permis bloqué, un chantier à reprendre, une aide refusée ou une installation impossible à raccorder coûtent souvent plus cher. Faites intervenir un bureau d’études, un installateur qualifié, un architecte ou un juriste compétent lorsque le projet touche à la structure, à l’amiante, à la sécurité incendie, au réseau électrique ou à une exemption réglementaire.

Vérifications avant validation par la direction

  • Surface tertiaire cumulée vérifiée par adresse et par bâtiment
  • Puissance nominale utile de chauffage et climatisation documentée
  • Données de consommation complètes et compteurs correctement attribués
  • Responsabilités bailleur, locataire et exploitant écrites
  • Permis, urbanisme, incendie et raccordement vérifiés avant le devis
  • Aides demandées avant engagement et pièces justificatives archivées
  • Échéances OPERAT, BACS, parking et reporting inscrites dans un calendrier

Questions fréquentes

Une PME de moins de 50 salariés est-elle concernée par le décret tertiaire ?

Oui, la taille de l’entreprise n’est pas le critère principal. Une PME est concernée si elle exploite une activité tertiaire dans un bâtiment ou un ensemble de bâtiments atteignant au moins 1 000 m² de surface de plancher cumulée. Un local de 600 m² peut aussi entrer dans le périmètre s’il fait partie d’un ensemble tertiaire plus vaste.

Quelle est la date limite pour déclarer les consommations du décret tertiaire ?

Les données de consommation de l’année précédente doivent être renseignées dans OPERAT avant le 30 septembre de chaque année. Il faut conserver les factures, les relevés de compteurs, les surfaces et les justificatifs de modulation éventuelle. Une déclaration annuelle permet aussi d’obtenir l’attestation de suivi du dispositif.

Faut-il installer des panneaux solaires sur tous les parkings de plus de 1 500 m² ?

Pas nécessairement. Les règles visent l’ombrage d’au moins une partie importante des grands parkings extérieurs, souvent au moyen d’ombrières photovoltaïques, mais la végétalisation peut être admise dans certains cas. Des exemptions existent aussi pour des contraintes techniques, de sécurité, patrimoniales ou économiques, à justifier précisément.

Une installation photovoltaïque dispense-t-elle d’installer un BACS ?

Non. La production photovoltaïque et le pilotage des équipements de chauffage ou de climatisation répondent à deux obligations distinctes. Un BACS vise à réduire et suivre les usages du bâtiment, tandis que le photovoltaïque produit de l’électricité renouvelable. Il peut être pertinent de coordonner les deux, notamment pour maximiser l’autoconsommation.

Toutes les entreprises doivent-elles réaliser un audit énergétique tous les quatre ans ?

Non. L’audit énergétique réglementaire concerne principalement les grandes entreprises, selon des seuils d’effectif ou de comptes. Une entreprise plus petite peut toutefois réaliser un audit volontaire pour identifier ses dépenses évitables, préparer un dossier d’aide ou répondre à une demande de donneur d’ordre.

Le locataire ou le propriétaire doit-il payer les travaux énergétiques ?

La réglementation peut concerner les deux, mais la répartition financière dépend du bail, des équipements et de la nature des travaux. Le propriétaire prend souvent en charge l’enveloppe et les équipements communs, tandis que le locataire agit sur les usages et certains équipements propres. Une annexe environnementale ou un accord écrit évite les litiges sur les données, les travaux et le partage des économies.

Cet article est publié par La rédaction de Mamabea à titre d’information générale. Il ne remplace ni un diagnostic, ni un devis, ni l’avis d’un professionnel qualifié. Prix, réglementations et disponibilités évoluent : vérifiez-les avant toute décision. Notre charte éditoriale.