Le secret astucieux de mon grand-père jardinier pour faire prospérer indéfiniment une plante de tomate
Un gourmand de tomate bien choisi peut devenir un nouveau pied, presque gratuitement. Cette bouture s’enracine vite si la chaleur et l’humidité sont maîtrisées. Voici le bon calendrier, deux méthodes fiables et les limites à connaître pour récolter réellement.

Le principe : multiplier un pied, pas le rendre immortel
Le geste transmis par de nombreux jardiniers consiste à bouturer un gourmand, cette pousse latérale qui naît à l’aisselle d’une feuille et de la tige principale. Une fois prélevée, elle produit ses propres racines et devient un nouveau pied de tomate. Elle possède le même patrimoine génétique que le plant d’origine : c’est particulièrement intéressant pour conserver une variété savoureuse, y compris une variété hybride F1, que le semis ne reproduirait pas forcément à l’identique.
Le mot « indéfiniment » mérite toutefois d’être nuancé. La tomate est une vivace dans son climat tropical d’origine, mais elle est cultivée comme une annuelle en France. Le gel, le manque de lumière hivernal et les maladies finissent par arrêter le plant. Le bouturage permet de renouveler la lignée au fil de la saison, voire de garder un pied-mère sous abri, mais pas de rendre une plante extérieure éternelle.
Les repères qui font réussir une bouture de tomate
10–20 cm
longueur idéale d’un gourmand prélevé
7–14 jours
délai habituel avant un bon enracinement
18–24 °C
température favorable à la reprise
45–60 cm
espacement entre deux plants en pleine terre
Choisir le bon moment selon votre région
Prélevez les gourmands lorsque les tomates poussent activement, en général de juin au début de juillet en extérieur. Attendez des nuits durablement au-dessus de 12 °C si les boutures doivent finir dehors. Sous serre froide, sous tunnel ou sur une véranda lumineuse, vous pouvez commencer un peu plus tôt, à condition de pouvoir protéger les plants des nuits fraîches.
Une bouture réalisée tardivement s’enracine sans difficulté, mais elle n’a pas forcément le temps de faire mûrir ses fruits. Comptez souvent six à dix semaines entre le prélèvement, l’enracinement, la reprise et les premières tomates colorées, selon la variété, l’ensoleillement et la météo. Après la mi-juillet, l’opération sert surtout à remplacer un pied perdu, à cultiver sous abri ou à préparer un pied-mère hiverné.
| Période | Situation | Résultat le plus probable |
|---|---|---|
| Mai–juin | Abri lumineux, hors gel | Nouveaux plants productifs en été |
| Juin–début juillet | Pleine terre, climat tempéré | Récolte possible avant les froids |
| Mi-juillet–août | Pleine terre | Fruits souvent tardifs ou verts |
| Août–septembre | Serre ou intérieur lumineux | Pied à conserver, pas une grosse récolte |
| Toute la saison | Plant malade ou stressé | À éviter absolument |
Faites glisser le tableau horizontalement pour tout voir.
Repérer un gourmand qui donnera un plant vigoureux
Le gourmand se situe dans le creux formé entre la tige principale et le pétiole d’une feuille. Il porte rapidement ses propres feuilles et ressemble à une petite plante greffée contre la grande. Ne coupez pas un bouquet floral : il porte des boutons jaunes, sans grandes feuilles découpées, et ne remplacera pas un plant complet.
Choisissez une pousse droite, ferme, vert franc, de 10 à 20 cm. Prélevez-la le matin, quand la plante est bien hydratée. Écartez toute tige tachée, tordue, visqueuse ou portant des feuilles brunies. Évitez aussi un gourmand déjà très fleuri : la bouture doit d’abord produire des racines, pas alimenter des fleurs.
Sur les tomates à croissance indéterminée, souvent conduites sur un ou deux axes, retirer certains gourmands aide à aérer le pied. Sur les tomates buissonnantes à croissance déterminée, ces pousses participent davantage à la récolte. Ne les supprimez donc pas tous machinalement : prélevez seulement ceux dont vous avez besoin pour multiplier vos plants.
Eau ou substrat : quelle méthode choisir ?
Les deux techniques fonctionnent, car la tomate émet facilement des racines sur une tige enterrée. Le verre d’eau permet d’observer la naissance des racines et dépanne quand vous n’avez rien sous la main. Le bouturage directement en godet limite en revanche la manipulation des racines et donne généralement une reprise plus régulière au potager.
Deux façons de faire raciner un gourmand
Dans un verre d’eau
La solution la plus simple pour débuter
- Points forts
- Racines visibles jour après jourAucun substrat à préparerPratique pour une ou deux tiges
- Limites
- Risque de tige qui pourrit si l’eau stagneRacines fragiles au repiquageEau à changer tous les 2 jours
Directement en godet
La méthode la plus robuste pour planter dehors
- Points forts
- Racines adaptées au terreauMoins de choc au repiquageGère mieux plusieurs boutures
- Limites
- Enracinement moins visibleArrosage à surveillerGodets et substrat nécessaires
Bouturer un gourmand de tomate en godet, pas à pas
La méthode fiable en huit gestes
-
Préparez des godets propres
Utilisez des pots de 8 à 10 cm, percés au fond. Remplissez-les d’un substrat léger humidifié, puis faites un trou avec un crayon ou un plantoir.
-
Désinfectez l’outil de coupe
Nettoyez sécateur ou lame à l’alcool à 70 %. Cette précaution limite la transmission de maladies d’un plant à l’autre.
-
Prélevez une pousse saine
Coupez un gourmand de 10 à 20 cm au plus près de sa base, sans arracher l’écorce de la tige principale. Faites une coupe nette.
-
Allégez la tige
Retirez les feuilles de la moitié basse. Gardez deux ou trois petites feuilles au sommet et ôtez les boutons floraux s’il y en a.
-
Enterrez une partie de la tige
Plantez 4 à 6 cm de tige dans le godet. Les nœuds enterrés émettront des racines. Tassez juste assez pour maintenir la bouture droite.
-
Arrosez sans noyer
Arrosez doucement jusqu’à ce que le mélange soit humide dans toute son épaisseur. Videz ensuite l’eau qui pourrait stagner dans la soucoupe.
-
Placez à la bonne lumière
Gardez les godets à 18–24 °C, près d’une fenêtre lumineuse ou sous abri, hors soleil direct les premiers jours. Une mini-serre ventilée peut aider si l’air est très sec.
-
Contrôlez la reprise
Après 7 à 14 jours, une légère résistance quand vous tirez très doucement sur la tige indique souvent que des racines se sont formées. Attendez encore quelques jours avant de repiquer.
Repiquer, nourrir et conduire le nouveau plant
Lorsque des racines sortent du fond du pot ou que la bouture émet de nouvelles feuilles, habituez-la progressivement à l’extérieur. Sortez-la quelques heures à l’ombre pendant trois à cinq jours, en augmentant l’exposition. Plantez ensuite dans un sol réchauffé, à 45 à 60 cm des autres tomates, avec un tuteur posé dès le départ.
Enterrez la tige un peu plus profondément qu’elle ne l’était dans le godet : elle fera encore des racines le long de la partie enfouie. Mélangez au sol du compost bien mûr, environ deux à trois litres par trou, sans mettre de fumier frais au contact des racines. Arrosez copieusement à la plantation, puis adaptez l’apport à la pluie, au sol et à la chaleur.
Un paillage de 5 à 8 cm de paille propre, de feuilles sèches ou de tontes bien ressuyées garde la terre fraîche et limite les éclaboussures porteuses de maladies. N’ajoutez pas d’engrais liquide à une bouture non enracinée. Après la reprise, un fertilisant spécial tomates utilisé selon son étiquette peut être utile en pot, mais un excès d’azote produit surtout de grandes feuilles et peu de fruits.
| Équipement | Quantité | Budget indicatif |
|---|---|---|
| Godets percés | 6 pots de 8–10 cm | 0 à 6 € |
| Terreau léger | Environ 5 litres | 2 à 5 € |
| Perlite ou sable horticole | Part du mélange | 1 à 3 € |
| Tuteurs | 6 tuteurs | 3 à 10 € |
| Étiquettes | 6 unités | 0 à 3 € |
| Total si matériel à acheter | Pour 6 plants | 6 à 27 € |
Faites glisser le tableau horizontalement pour tout voir.
Récolter avant le froid et conserver un pied-mère
Pour favoriser une récolte de fin d’été, choisissez un gourmand issu d’une variété précoce et prélevez-le tôt. Après le repiquage, gardez une conduite simple : un ou deux axes pour une tomate indéterminée, des tuteurs solides et des feuilles suffisamment aérées. Ne taillez pas excessivement un plant fraîchement installé : ses feuilles sont son moteur.
À l’approche de l’automne, supprimez les nouvelles fleurs qui n’auront plus le temps de donner des fruits mûrs. Pincez l’extrémité des tiges environ un mois avant vos premiers froids habituels, surtout sous climat frais, afin de concentrer l’énergie sur les tomates déjà formées. Les fruits verts sains peuvent finir de mûrir à l’intérieur, à température ambiante, loin du soleil direct.
Vous pouvez aussi hiverner une petite bouture saine dans un pot, dans une pièce très lumineuse et non chauffée à l’excès, idéalement autour de 15 à 18 °C. Arrosez peu, sans laisser sécher totalement. Cette conservation reste aléatoire en logement peu lumineux et augmente le risque de pucerons, d’aleurodes ou de maladies : refaire des semis au printemps est souvent plus simple.
Les erreurs qui compromettent toute la lignée
La première erreur est de multiplier un plant malade. Des taches brunes qui s’étendent, un feuillage déformé, un jaunissement en mosaïque, des tiges noircies ou un dépérissement soudain doivent vous faire renoncer au bouturage. Isolez le plant suspect, nettoyez les outils et ne mettez pas les parties manifestement malades dans un compost domestique destiné au potager.
Évitez aussi le verre d’eau oublié sur un rebord chaud, le terreau compact sans trou de drainage et le sac plastique fermé en permanence. Une atmosphère humide peut ralentir le flétrissement, mais sans aération elle favorise les moisissures. Ouvrez une mini-serre chaque jour ou laissez une fente.
Enfin, ne comptez pas sur un « remède » maison pour corriger un défaut de culture. Le purin, le compost ou les engrais ne compensent ni le manque de soleil ni une attaque de maladie. Si vos tomates échouent chaque année malgré une bonne exposition, demandez conseil à une pépinière compétente ou à un conseiller jardinier : le problème peut venir du sol, de l’arrosage ou d’un ravageur récurrent.
Checklist avant de mettre vos boutures au potager
Les vérifications utiles en deux minutes
- Le pied mère ne présente ni taches, ni mosaïque, ni feuillage anormal.
- Le gourmand mesure 10 à 20 cm et ne porte pas de bouquet floral développé.
- Le godet est percé et le substrat est humide, mais non gorgé d’eau.
- La bouture a produit de nouvelles feuilles ou résiste légèrement à une traction douce.
- Les nuits restent au-dessus de 12 °C ou une protection est prévue.
- Un tuteur est installé avant la plantation et le sol reçoit un paillage après arrosage.
Questions fréquentes
Peut-on bouturer une tomate directement dans la terre du potager ?
Oui, une tige de tomate peut s’enraciner directement en pleine terre si le sol est souple, humide et déjà chaud. Cette méthode est moins fiable qu’un godet, car la bouture subit davantage le soleil, le vent et les variations d’arrosage. Protégez-la quelques jours avec une cloche ventilée ou un voile léger.
Combien de temps faut-il pour qu’un gourmand de tomate fasse des racines ?
Dans un substrat léger maintenu à 18–24 °C, comptez généralement 7 à 14 jours pour un début d’enracinement. Dans l’eau, les racines peuvent être visibles dans un délai proche, mais elles restent fragiles. Attendez l’apparition de nouvelles feuilles avant une plantation définitive.
Faut-il enlever tous les gourmands de tomate pour avoir plus de fruits ?
Non. Sur les variétés à croissance indéterminée, retirer une partie des gourmands aide à limiter l’encombrement et facilite le tuteurage. Sur les tomates buissonnantes à croissance déterminée, les supprimer peut réduire la production, car ils portent aussi des fleurs et des fruits.
Peut-on bouturer un plant de tomate qui a le mildiou ?
Non, ce n’est pas une bonne idée. Une bouture est un clone et peut transporter des agents pathogènes présents dans le pied mère, même si les symptômes ne sont pas encore visibles sur la pousse. Prélevez seulement sur un plant parfaitement sain et désinfectez votre outil entre les plants.
Une bouture de tomate donnera-t-elle des tomates la même année ?
Oui, à condition d’être prélevée assez tôt, généralement avant la mi-juillet en extérieur dans une grande partie de la France. Elle part d’une tige adulte, mais doit tout de même s’enraciner, grandir, fleurir et mûrir ses fruits. Sous serre ou dans les régions aux automnes doux, la fenêtre est plus longue.
Peut-on garder un pied de tomate bouturé pendant l’hiver ?
C’est possible dans un pot, avec beaucoup de lumière, une température hors gel et des arrosages modérés. Le résultat est variable en intérieur, où les pucerons et le manque de lumière sont fréquents. Pour la plupart des jardiniers, conserver des graines ou refaire des boutures en été reste plus simple.
Cet article est publié par La rédaction de Mamabea à titre d’information générale. Il ne remplace ni un diagnostic, ni un devis, ni l’avis d’un professionnel qualifié. Prix, réglementations et disponibilités évoluent : vérifiez-les avant toute décision. Notre charte éditoriale.
À lire ensuite
Toute la rubrique Jardin


