Bouillie bordelaise : 150 ans contre le mildiou des tomates
Le cuivre reste un fongicide de contact utile lorsque le mildiou menace, mais ce n’est ni un remède miracle ni un produit anodin. Apprenez à repérer la maladie, à traiter au bon moment et à réduire les pulvérisations grâce à un potager mieux protégé.

Pourquoi cette « potion bleue » agit sur le mildiou
La bouillie bordelaise est une préparation cuprique, traditionnellement obtenue à partir de sulfate de cuivre et de chaux. Mise au point dans les vignobles bordelais à la fin du XIXe siècle, elle laisse sur les végétaux un dépôt de cuivre. Ce dépôt bloque la germination de nombreuses spores à la surface des feuilles.
Sur la tomate, elle vise surtout le mildiou, causé par Phytophthora infestans. Malgré son nom courant de maladie « fongique », cet organisme est un oomycète, proche des moisissures aquatiques. Il profite des pluies répétées, de l’humidité durable et d’un feuillage qui sèche mal.
Le cuivre est un traitement de contact préventif. Il ne circule pas dans la sève et ne répare ni une tache brune ni un fruit contaminé. Sa protection dépend donc d’une couverture régulière du feuillage sain, et elle diminue avec la pluie, la pousse de nouvelles feuilles et l’usure du dépôt.
Reconnaître le mildiou avant de sortir le pulvérisateur
Le mildiou commence souvent après un épisode pluvieux et doux. Sur les feuilles, cherchez des plages irrégulières vert pâle à brunâtres, d’aspect huileux. Par temps très humide, un duvet blanc peut apparaître au revers, au bord des taches. Les lésions gagnent vite les pétioles et les tiges.
Les fruits atteints portent des zones brunes, fermes et irrégulières, parfois légèrement bosselées. Une attaque peut évoluer en quelques jours lorsque les nuits restent humides. Observez vos tomates deux fois par semaine après une période de pluie, sans manipuler le feuillage lorsqu’il est mouillé.
Toutes les taches ne sont pas du mildiou
| Problème | Signes fréquents | Réaction utile |
|---|---|---|
| Mildiou | Taches floues, duvet blanc dessous, fruits bruns | Isoler, retirer, protéger le sain |
| Alternariose | Cercles concentriques, feuilles âgées sèches | Aérer et vérifier l’usage autorisé |
| Stress hydrique | Bords secs, feuillage mou, pas de duvet | Arroser au pied plus régulièrement |
| Coup de soleil | Plaque claire sur fruit exposé | Conserver davantage de feuillage sain |
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Une alternariose, un coup de chaleur ou une carence ne se gèrent pas de la même façon. En cas de doute, photographiez le dessus et le dessous d’une feuille, ainsi qu’un fruit, puis demandez l’avis d’une pépinière compétente ou d’un conseiller jardin. Traiter « au cas où » ajoute du cuivre sans forcément protéger la culture.
La meilleure prévention se joue avant le premier traitement
Installez les tomates en plein soleil, dans un sol drainé, sans les serrer. Laissez généralement 40 à 60 cm entre deux plants et au moins 70 cm entre les rangs, selon la vigueur de la variété. Tuteurez dès la plantation : les tiges et les feuilles ne doivent pas former une masse compacte près du sol.
Arrosez lentement au pied, le matin si possible, sans mouiller les feuilles. Un goutte-à-goutte ou un tuyau microporeux limite les éclaboussures de terre, qui peuvent projeter des spores sur le bas des plants. Un paillage propre de 5 à 8 cm réduit aussi ce risque, à condition de ne pas coller le paillis contre la tige.
Le levier le plus efficace dans les régions pluvieuses est souvent un abri de pluie ouvert sur les côtés. Un simple toit transparent, placé assez haut pour ventiler, garde le feuillage sec tout en évitant la surchauffe. Un tunnel fermé et étouffant, au contraire, entretient l’humidité : aérez largement chaque jour.
Évitez les excès d’engrais azoté, qui donnent de grandes pousses tendres et denses. Retirez progressivement les feuilles les plus basses lorsqu’elles touchent la terre, avec un sécateur propre, mais ne défeuillez pas brutalement un plant : son feuillage protège les fruits du soleil.
Les repères qui font baisser la pression du mildiou
0
effet curatif sur une feuille déjà infectée
40–60 cm
d’écart courant entre deux plants
70 cm min.
d’espace pratique entre deux rangs
4 kg/ha/an
plafond européen de cuivre en bio, en moyenne
Quand la bouillie bordelaise est-elle justifiée ?
Réservez-la aux périodes réellement à risque : prévisions de pluies répétées, nuits humides, premiers foyers dans le voisinage ou présence de mildiou sur des pommes de terre proches. Pulvérisez sur un feuillage sain avant une période favorable à la maladie, pas après une contamination massive.
Choisissez uniquement un produit bénéficiant d’une autorisation de mise sur le marché pour l’usage concerné, avec les tomates et le jardin d’amateur clairement indiqués sur l’étiquette. Les formulations cupriques n’ont pas toutes la même concentration, ni les mêmes cultures autorisées, ni les mêmes limites d’emploi. La mention « utilisable en agriculture biologique » ne remplace jamais le mode d’emploi.
Ne raisonnez pas avec un calendrier fixe du type « toutes les trois semaines ». Le nombre maximal d’applications, la concentration, le volume de bouillie par surface et l’intervalle éventuel après la pluie sont ceux de la notice du produit précis que vous tenez en main. Ils peuvent varier sensiblement d’une référence à l’autre.
Pulvériser correctement, sans gaspillage ni surdosage
Les cinq gestes d’une application raisonnée
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Lire l’étiquette avant de préparer
Vérifiez la culture autorisée, la dose, le volume à appliquer, le nombre maximal de traitements, les équipements demandés et le délai avant récolte. N’utilisez jamais une vieille recette de dosage trouvée en ligne à la place de ces indications.
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Choisir une météo favorable
Intervenez sur feuillage sec, par temps calme et sans soleil brûlant. Ne traitez pas un plant assoiffé ou déjà stressé. Prévoyez une plage sans pluie au moins égale à celle exigée par la notice pour que le dépôt adhère.
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Préparer seulement le volume nécessaire
Portez au minimum les protections prévues sur l’emballage, souvent gants et vêtements couvrants. Diluez dans un pulvérisateur propre en suivant exactement l’ordre de mélange de la notice. Ne préparez pas une cuve entière « pour plus tard ».
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Couvrir sans faire ruisseler
Réglez une brume fine et avancez lentement. Visez les deux faces des feuilles, les tiges et les jeunes pousses, sans détremper ni laisser le produit couler dans le sol. Évitez toute dérive vers une terrasse, un bassin, des enfants, des animaux ou des plantes non visées.
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Noter et nettoyer
Inscrivez la date, le produit et la zone traitée sur un carnet. Respectez le délai avant récolte indiqué, puis lavez soigneusement les tomates. Nettoyez le matériel selon la notice et ne versez jamais les fonds de cuve ou eaux de rinçage dans l’évier, un regard ou un caniveau.
Ne mélangez pas de bouillie bordelaise avec du savon noir, du bicarbonate, un purin ou un engrais « pour renforcer l’effet ». Ces mélanges maison peuvent brûler le feuillage, réduire l’efficacité ou produire une préparation non conforme. Alterner des gestes de culture est plus utile que superposer des produits.
Dosage, matériel et budget : ce qu’il faut prévoir
Le dosage n’est pas universel. Il dépend notamment de la teneur en cuivre de la formulation commerciale, souvent exprimée en pourcentage, et du volume de bouillie conseillé par l’étiquette. Un sachet de poudre n’est donc pas interchangeable avec un concentré liquide, même si les deux produits portent la mention « bouillie bordelaise ».
Pour quelques plants, un pulvérisateur à pression préalable de 2 à 5 litres est suffisant et plus facile à maîtriser qu’un grand appareil. Ne le remplissez pas systématiquement : estimez le feuillage à couvrir et préparez la quantité minimale. Sur une douzaine de plants adultes, le volume nécessaire varie beaucoup selon leur taille et le réglage de la buse.
| Équipement | Budget courant | À savoir |
|---|---|---|
| Bouillie bordelaise, 500 g | 8 à 18 € | Conserver au sec, suivre l’étiquette |
| Pulvérisateur 2 à 5 L | 15 à 35 € | À réserver aux traitements du jardin |
| Gants réutilisables | 4 à 10 € | À rincer après l’application |
| Petit abri de pluie | 40 à 120 € | Souvent plus rentable que traiter souvent |
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Le cuivre est autorisé, mais il n’est pas neutre pour le sol
Le cuivre est un métal : il ne disparaît pas du sol après la récolte. Des apports répétés peuvent s’y accumuler et perturber à terme la vie du sol, notamment certains micro-organismes et invertébrés. C’est précisément pourquoi un produit autorisé en agriculture biologique doit rester un outil ponctuel, pas une assurance tous risques.
Évitez toute application près d’un point d’eau, d’un fossé, d’un avaloir ou d’un bassin. Ne traitez jamais par vent soutenu. Gardez les emballages fermés, hors de portée des enfants et des animaux, puis apportez les restes et emballages suivant les consignes locales de collecte des déchets chimiques.
Attendez le délai avant récolte, appelé DAR lorsqu’il est indiqué sur l’étiquette. Même après ce délai, lavez les tomates à l’eau potable avant consommation et écartez les fruits très abîmés ou pourris. En cas d’exposition accidentelle importante ou de symptôme après manipulation, contactez sans tarder un centre antipoison ou un professionnel de santé.
Que faire si le mildiou est déjà installé ?
Travaillez par temps sec. Coupez les feuilles portant des taches caractéristiques dès leur apparition, sans dénuder excessivement le plant, et désinfectez votre sécateur entre deux plants. Ramassez aussi les fruits atteints et les feuilles tombées : ne les laissez pas au pied des tomates.
Un plant dont les tiges et la majorité du feuillage brunissent rapidement devient une source de spores pour les autres. Retirez-le avec ses fruits malades et évacuez-le selon les consignes de votre commune pour les déchets verts. Un compost domestique, souvent trop peu chaud et irrégulier, ne garantit pas la destruction du mildiou.
Ensuite, espacez ou attachez les voisins, stoppez les arrosages sur le feuillage, ouvrez l’abri et surveillez les nouvelles pousses. Une bouillie bordelaise autorisée peut encore protéger les zones intactes, mais seulement dans les conditions et limites prévues par son étiquette. Si les attaques sont récurrentes malgré ces mesures, un conseiller horticole peut aider à revoir l’emplacement, la ventilation et les variétés choisies.
Votre contrôle rapide avant chaque passage
Cochez ces points avant de traiter
- Les taches observées évoquent bien le mildiou, avec contrôle du revers des feuilles.
- Le produit est autorisé pour les tomates et l’usage jardin d’amateur.
- La dose, le volume, le DAR et le nombre maximal de passages sont relus sur l’étiquette.
- Le feuillage est sec, le vent faible et la pluie n’est pas imminente.
- Les plants sont aérés, tuteurés et arrosés uniquement au pied.
- La quantité préparée correspond au besoin et aucun reste ne partira à l’évacuation.
La bouillie bordelaise a traversé 150 ans de jardinage parce qu’elle reste efficace en prévention lorsqu’elle est correctement appliquée. Son usage le plus intelligent est pourtant celui que l’on réduit : quelques interventions ciblées, complétées par des tomates espacées, protégées de la pluie et surveillées après chaque épisode humide.
Questions fréquentes
Peut-on traiter les tomates à la bouillie bordelaise quand il pleut ?
Non. Le feuillage doit être sec et le produit doit disposer d’un délai sans pluie suffisant pour adhérer, délai précisé sur l’étiquette. Pulvériser juste avant ou pendant une averse gaspille le produit et augmente le ruissellement vers le sol.
Quel dosage de bouillie bordelaise faut-il mettre pour les tomates ?
Il n’existe pas un dosage valable pour toutes les bouillies bordelaises. La concentration en cuivre, la formulation et les usages autorisés varient selon les produits. Utilisez uniquement la dose indiquée pour les tomates sur l’emballage, sans la majorer.
Combien de temps attendre avant de manger des tomates traitées à la bouillie bordelaise ?
Respectez le délai avant récolte figurant sur l’étiquette du produit, s’il est indiqué. Récoltez ensuite les fruits sains et lavez-les soigneusement à l’eau potable. Un traitement ne doit jamais conduire à consommer des fruits déjà pourris ou fortement tachés.
La bouillie bordelaise est-elle efficace une fois le mildiou déclaré ?
Elle ne guérit pas les feuilles, tiges ou fruits déjà atteints. Elle peut seulement limiter de nouvelles contaminations sur les parties encore saines, dans les limites d’usage du produit. Retirer rapidement les organes malades et garder le feuillage sec restent prioritaires.
Peut-on utiliser la bouillie bordelaise en agriculture biologique ?
Certaines préparations à base de cuivre sont autorisées en agriculture biologique sous conditions, mais cela ne signifie pas qu’elles sont sans effet sur l’environnement. Le cuivre s’accumule dans le sol : limitez les traitements et respectez l’étiquette du produit autorisé.
Faut-il traiter les tomates chaque année contre le mildiou ?
Non, pas systématiquement. Dans un potager bien ventilé, avec un abri de pluie et un arrosage au pied, un traitement peut être inutile lors d’une saison sèche. Décidez selon la météo, l’historique du jardin et les premiers signes de risque, jamais par automatisme.
Cet article est publié par La rédaction de Mamabea à titre d’information générale. Il ne remplace ni un diagnostic, ni un devis, ni l’avis d’un professionnel qualifié. Prix, réglementations et disponibilités évoluent : vérifiez-les avant toute décision. Notre charte éditoriale.
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