Oreilles bouchées en avion : pourquoi la descente fait si mal
À la montée, l’oreille craque à peine. À la descente, elle se bouche, fait mal et reste parfois sourde des heures. Ce n’est pas un hasard : l’oreille moyenne s’équilibre mal dans ce sens-là. Voici le mécanisme, les gestes qui marchent et le bon moment pour les faire.

Ce qui se passe dans l’oreille pendant le vol
Derrière le tympan se trouve une petite cavité remplie d’air, l’oreille moyenne. Pour que le tympan vibre librement, la pression de cet air doit être égale à celle de l’air extérieur. Le seul passage qui permet de rééquilibrer les deux est la trompe d’Eustache, un fin conduit de 3 à 4 cm qui relie l’oreille moyenne à l’arrière du nez.
Au repos, cette trompe est fermée. Elle s’ouvre une fraction de seconde à chaque déglutition, à chaque bâillement. Au sol, cela suffit largement : la pression varie si peu que vous ne remarquez rien.
En avion, la cabine est pressurisée, mais pas au niveau de la mer. En croisière, la pression intérieure correspond à celle que l’on trouve entre 1 800 et 2 400 mètres d’altitude, soit environ 20 à 25 % de moins qu’au sol. Entre le décollage et la croisière, puis entre la croisière et l’atterrissage, votre oreille doit donc absorber un écart de pression comparable à celui d’une montée en téléphérique jusqu’à une station de ski d’altitude, mais en quelques dizaines de minutes.
Les ordres de grandeur
1 800-2 400 m
altitude équivalente de la cabine en croisière
20-30 min
durée typique de la descente vers l’aéroport
3-4 cm
longueur de la trompe d’Eustache chez l’adulte
48 h
délai au-delà duquel une oreille encore bouchée doit être examinée
Pourquoi la descente fait mal, et pas la montée
À la montée, la pression de la cabine baisse. L’air de l’oreille moyenne se retrouve en surpression et pousse sur la trompe d’Eustache de l’intérieur. Or la trompe s’ouvre facilement dans ce sens : l’excès d’air s’échappe tout seul, avec le petit « clic » que tout le monde connaît.
À la descente, c’est l’inverse. La pression de la cabine remonte, l’oreille moyenne se retrouve en dépression. Le tympan est aspiré vers l’intérieur et la trompe, au lieu de s’ouvrir, a tendance à se plaquer et à rester collée, un peu comme une paille dans laquelle on aspire trop fort. Pour faire rentrer de l’air, il faut une action volontaire : déglutir, bâiller, souffler nez pincé.
Si l’écart devient trop grand avant que la trompe ne s’ouvre, elle se verrouille. C’est ce que les médecins appellent un barotraumatisme de l’oreille, ou aérotite : sensation d’oreille pleine, audition étouffée, douleur parfois vive, et dans les cas marqués un léger épanchement derrière le tympan qui met plusieurs jours à se résorber.
Les gestes qui débouchent vraiment l’oreille
Toutes ces techniques visent la même chose : ouvrir brièvement la trompe d’Eustache pour laisser entrer de l’air dans l’oreille moyenne. Les plus douces suffisent souvent ; les plus actives servent quand l’oreille commence déjà à se boucher.
| Technique | Comment faire | Pour qui |
|---|---|---|
| Déglutir souvent | Avaler sa salive, boire de petites gorgées d’eau, sucer un bonbon | Tout le monde, en continu pendant la descente |
| Mâcher | Un chewing-gum fait déglutir sans y penser | Adultes et enfants de plus de 4-5 ans |
| Bâiller | Bâillement volontaire, mâchoire bien ouverte, même simulé | Tout le monde, très efficace |
| Toynbee | Pincer le nez et avaler en même temps | Quand la déglutition seule ne suffit plus |
| Valsalva douce | Pincer le nez, bouche fermée, souffler doucement comme pour gonfler les joues | Adultes, dès que l’oreille se bouche |
| Ballon nasal | Gonfler un petit ballon avec une narine, l’autre bouchée | Enfants dès 3 ans, adultes sujets aux aérotites |
Faites glisser le tableau horizontalement pour tout voir.
Réussir une manœuvre de Valsalva sans se faire mal
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Pincer le nez
Fermez les deux narines avec le pouce et l’index, sans écraser.
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Fermer la bouche
Lèvres closes, joues détendues. Si vous avez un chewing-gum, gardez-le sur le côté.
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Souffler doucement
Expirez comme pour gonfler un ballon, avec une pression modérée, pendant une à deux secondes. Vous devez sentir un petit « pop » dans une oreille ou les deux.
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Relâcher et avaler
Relâchez le nez puis déglutissez une fois pour stabiliser. Répétez toutes les une à deux minutes pendant toute la descente, avant que la gêne n’arrive.
Prendre l’avion enrhumé : le vrai facteur de risque
La trompe d’Eustache s’ouvre dans l’arrière-gorge, juste derrière le nez. Quand la muqueuse est gonflée par un rhume, une sinusite ou une allergie, l’entrée de la trompe se rétrécit. Les gestes habituels ne suffisent plus et la descente devient franchement douloureuse, parfois au point de laisser l’oreille sourde pendant plusieurs jours.
Si vous devez voler avec le nez bouché, quelques précautions changent beaucoup les choses : un lavage de nez au sérum physiologique ou à l’eau de mer une heure avant l’embarquement et à nouveau avant la descente, beaucoup de boisson pendant le vol, et des manœuvres commencées plus tôt que d’habitude. Les décongestionnants, en spray ou en comprimés, ne sont pas anodins : certains font l’objet de mises en garde des autorités de santé. Demandez conseil à votre pharmacien ou à votre médecin avant d’en prendre.
Bébés et enfants : pourquoi ils pleurent à l’atterrissage
Chez le jeune enfant, la trompe d’Eustache est plus courte, plus étroite et presque horizontale. Elle s’ouvre moins bien et se bouche plus vite, d’autant que les rhumes sont fréquents à cet âge. Un bébé ne sait ni souffler nez pincé ni expliquer ce qu’il ressent : il pleure, et c’est d’ailleurs un réflexe utile, car pleurer fait déglutir.
- Nourrisson : sein, biberon ou tétine pendant la descente, bébé plutôt en position semi-assise.
- De 1 à 3 ans : gourde d’eau à petites gorgées, compote à boire, un jeu qui fait bâiller ou rire.
- À partir de 3-4 ans : apprendre avant le voyage à gonfler un ballon nasal ou à « faire le poisson » en bâillant.
- À tout âge : ne pas le laisser dormir profondément pendant la descente si ses oreilles sont sensibles.
Le réflexe de nourrir au décollage est moins utile qu’on le croit : c’est la descente qui pose problème. Gardez le biberon ou la tétée pour la dernière demi-heure du vol.
Le matériel utile, et ce qu’il vaut
Deux accessoires vendus en pharmacie et en magasin de voyage ont un réel intérêt pour les personnes qui souffrent à chaque vol.
Bouchons filtrants ou ballon nasal
Bouchons filtrants
Environ 8 à 15 € la paire, réutilisables
- Points forts
- Ralentissent la variation de pression sur le tympanAucun effort à fournirAtténuent aussi le bruit de la cabine
- Limites
- N’ouvrent pas la trompe : inutiles si elle est bouchéeEffet variable selon les personnesÀ retirer lentement, une fois au sol
Ballon nasal
Environ 12 à 20 € le kit, avec plusieurs ballons
- Points forts
- Force doucement l’ouverture de la trompeLudique pour les enfants dès 3 ansUtile aussi après le vol si l’oreille reste bouchée
- Limites
- Demande un peu d’entraînement au solMoins discret en cabineBallons à remplacer
Ni l’un ni l’autre ne remplace les gestes de base. Leur place est chez les personnes qui ont déjà eu des aérotites, ou pour un enfant qui a souffert au vol précédent.
Oreille encore bouchée après le vol : que faire
Une sensation d’oreille pleine qui dure une à quelques heures après l’atterrissage est fréquente et sans gravité. Continuez à déglutir, bâiller, faire des Valsalva douces ; une douche chaude ou l’inhalation de vapeur aide parfois la muqueuse à dégonfler. Évitez d’enfoncer un coton-tige ou un doigt : le problème est derrière le tympan, pas dans le conduit.
Si l’oreille était déjà gênée avant le départ, la cause peut être un simple bouchon de cérumen qui a bougé avec la pression. Dans ce cas, voyez les méthodes pour enlever un bouchon de cire dans l’oreille sans risque.
Les signes qui justifient de consulter
- Oreille toujours bouchée ou audition diminuée au-delà de 48 heures
- Douleur intense qui ne cède pas une fois au sol
- Écoulement de liquide ou de sang par le conduit
- Vertiges, sensation que la pièce tourne, nausées
- Sifflement ou bourdonnement qui apparaît et persiste
- Fièvre dans les jours qui suivent le vol
Un médecin généraliste peut regarder le tympan en quelques secondes avec un otoscope. Dans la plupart des cas, il constate un tympan rétracté ou un peu d’épanchement qui disparaît seul en quelques jours ; plus rarement, il oriente vers un ORL.
Le plan anti-oreilles bouchées, du départ à l’arrivée
Votre routine pour chaque vol
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La veille
Nez qui coule ou bouché : lavage de nez et avis du pharmacien. Préparez chewing-gum, bouteille d’eau et, si besoin, bouchons filtrants ou ballon nasal.
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Au décollage
Déglutissez normalement, la montée se règle en général seule. Posez les bouchons filtrants avant la fermeture des portes si vous en utilisez.
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En croisière
Buvez régulièrement, l’air de la cabine est très sec. Si vous comptez dormir, demandez au personnel de vous réveiller avant la descente.
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Dès l’annonce de la descente
Chewing-gum, gorgées d’eau, bâillements, et une Valsalva douce toutes les une à deux minutes, avant même de sentir une gêne.
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Au sol
Retirez les bouchons lentement. Continuez les manœuvres si l’oreille reste pleine, et surveillez l’évolution sur 48 heures.
Ces gestes ne changent rien aux trajectoires ni aux horaires, mais si vous voulez comprendre d’autres bizarreries du vol, lisez pourquoi les avions ne volent pas en ligne droite au-dessus de l’océan.
Questions fréquentes
Pourquoi j’ai mal aux oreilles à l’atterrissage et pas au décollage ?
Au décollage, l’air en trop dans l’oreille moyenne s’échappe tout seul par la trompe d’Eustache. À l’atterrissage, il faut au contraire faire entrer de l’air, et la trompe a tendance à rester collée. Sans déglutition ou manœuvre volontaire, la dépression tire le tympan vers l’intérieur et provoque la douleur.
Combien de temps une oreille peut-elle rester bouchée après un vol en avion ?
Le plus souvent, quelques minutes à quelques heures. Après un vol avec un rhume, la gêne peut durer un à trois jours le temps que l’épanchement se résorbe. Au-delà de 48 heures d’audition diminuée, ou en cas de douleur, d’écoulement ou de vertiges, il faut faire examiner le tympan.
La manœuvre de Valsalva est-elle dangereuse pour les oreilles ?
Faite doucement, non : c’est la technique de base des plongeurs et des pilotes. Le risque vient d’un souffle trop violent, nez pincé, alors que la trompe est bloquée. Si rien ne passe après deux ou trois essais modérés, mieux vaut revenir à la déglutition et au bâillement.
Peut-on prendre l’avion avec une otite ?
Une otite en cours rend la descente souvent très douloureuse et peut aggraver l’atteinte du tympan. Un avis médical avant le départ est recommandé, pour évaluer si le vol est raisonnable ou s’il vaut mieux le décaler de quelques jours.
Faut-il réveiller un bébé qui dort pendant l’atterrissage ?
Pas systématiquement : un bébé qui dort calmement et tète dans son sommeil déglutit assez. S’il a déjà souffert lors d’un vol précédent ou s’il est enrhumé, mieux vaut lui proposer le sein, le biberon ou la tétine dès le début de la descente.
Les bouchons d’oreilles spéciaux avion fonctionnent-ils vraiment ?
Ils ralentissent la variation de pression sur le tympan, ce qui laisse plus de temps à la trompe pour s’ouvrir. Ils aident une partie des voyageurs, surtout ceux qui ont peu de marge, mais ne débouchent pas une trompe déjà bloquée par un rhume.
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